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Portrait collaborateur : comment éviter le témoignage RH que personne ne regarde ?

Les tendances en management pour 2025
We Feel Good - Morgan Gutter

écrit par

Morgan Gutter

Concepteur Rédacteur RH

Il commence généralement de la même manière. Un collaborateur est installé face caméra, souvent dans une salle de réunion suffisamment neutre pour que personne ne sache vraiment où il se trouve. On lui demande de sourire, de regarder légèrement à côté de l’objectif et de répondre à une première question : « Pouvez-vous vous présenter ? » « Bonjour, je m’appelle Thomas, je travaille chez… depuis sept ans et je suis actuellement responsable… » Thomas est certainement quelqu’un de formidable. Mais au bout de quinze secondes, nous avons déjà perdu une partie du public.

Le portrait collaborateur reste pourtant l’un des meilleurs outils de communication employeur. Il permet d’incarner une entreprise, de rendre un métier concret, de créer de la projection et surtout de donner la parole à ceux qui vivent réellement l’expérience que la marque employeur essaie de raconter. Le problème n’est donc pas le format. Le problème, c’est ce qu’on lui fait parfois subir.

À force de vouloir sécuriser le discours, beaucoup de portraits finissent par se ressembler. Même structure, mêmes questions, mêmes mots, mêmes plans et parfois même conclusion : « Ce que j’apprécie particulièrement ici, c’est l’esprit d’équipe. » Un témoignage parfaitement conforme peut alors devenir parfaitement invisible.

Personne ne vient sur LinkedIn pour regarder une vidéo RH

Cela peut paraître cruel formulé ainsi, mais c’est une excellente base de travail.

Personne ne se réveille le matin avec l’envie irrépressible de regarder le portrait vidéo d’un contrôleur de gestion ou d’un technicien de maintenance qu’il ne connaît pas. Pour obtenir quelques secondes d’attention, le contenu doit donc offrir autre chose que sa simple existence.

C’est d’autant plus important que le témoignage collaborateur intervient dans un environnement où les candidats cherchent effectivement des informations sur les entreprises. Une enquête HelloWork 2025 indique que 73 % placent l’ambiance de travail parmi leurs trois critères importants dans le choix d’un emploi. Il y a donc un vrai désir de comprendre ce qui se passe derrière les murs de l’entreprise. Mais désir d’information ne signifie pas désir de communication corporate.

La différence est là. Un candidat veut savoir comment on travaille, avec qui, dans quelles conditions, avec quelle autonomie, quelles difficultés, quelles possibilités d’évolution. Il veut comprendre ce que le métier donne à vivre. Si le portrait lui restitue seulement ce que la fiche de poste lui avait déjà expliqué, nous avons raté une occasion.

Le bon portrait commence avant que la caméra soit allumée

C’est précisément pour cela que nous accordons beaucoup d’importance au pré-entretien. Il ne sert pas à faire répéter au collaborateur ce qu’il devra dire le jour du tournage. Et encore moins à lui remettre un texte à apprendre. Il sert à chercher l’histoire.

Cela suppose de dépasser progressivement les questions fonctionnelles. Bien sûr qu’il faut comprendre le poste, le parcours et les missions. Mais ce n’est que le point de départ. Ce qui nous intéresse ensuite, c’est ce que la personne a vécu. Qu’est-ce qui l’a surprise lorsqu’elle a commencé ce métier ? Quel moment lui revient spontanément lorsqu’elle pense à ses premières semaines ? De quoi est-elle fière ? Quel cliché sur son métier aimerait-elle démonter ? Quelle situation résume bien son quotidien ? Pourquoi est-elle restée ? Quel projet a changé sa trajectoire ? Qu’est-ce que ses amis ne comprennent jamais lorsqu’elle leur explique ce qu’elle fait ? C’est souvent au détour de l’une de ces questions qu’arrive la phrase que l’on cherchait sans le savoir.

Et c’est là que le portrait commence vraiment.

Un bon ambassadeur n’est pas quelqu’un qui connaît parfaitement les éléments de langage de la marque employeur. C’est quelqu’un dont l’histoire permet de les comprendre sans avoir besoin de les réciter.

Un collaborateur n’est pas une page carrière avec des bras

L’autre tentation consiste à vouloir tout mettre dans une seule vidéo. Le métier, les valeurs, l’intégration, la formation, l’évolution, l’ambiance, les engagements RSE, le management et, si possible, une phrase sur les postes actuellement ouverts. Le collaborateur devient alors responsable de la présentation complète de l’entreprise en deux minutes trente. C’est beaucoup demander à quelqu’un qui pensait simplement venir raconter son métier.

La meilleure solution consiste souvent à faire un choix éditorial. Un portrait n’a pas besoin d’être exhaustif pour être utile. Il peut raconter un parcours étonnant. Expliquer un métier mal connu. Montrer une relation particulière avec les clients. Suivre une journée. Partir d’une difficulté. S’intéresser à un geste professionnel. L’entreprise dira peut-être moins de choses dans cette vidéo. Mais le spectateur, lui, en retiendra davantage.

Cette logique permet aussi de sortir du « film collaborateur » pensé comme un objet unique. Une journée de tournage peut devenir une véritable matière éditoriale : un portrait principal, plusieurs capsules verticales, des citations, des photographies, des séquences métiers, un format questions-réponses ou encore des contenus pour la communication interne.

On ne produit plus simplement une vidéo. On construit une réserve d’histoires.

Montrer quelqu’un dans son job vaut parfois mieux que dix phrases sur son travail

Cela paraît évident, mais le portrait collaborateur reste encore très souvent pensé comme une interview illustrée. La parole occupe tout l’espace et quelques plans viennent ensuite habiller le montage. Pourtant, le métier est souvent ce qu’il y a de plus intéressant à regarder.

Les gestes, les outils, les lieux, les déplacements, les interactions avec les collègues ou les clients racontent énormément. Ils donnent une texture au témoignage et surtout permettent au spectateur de comprendre l’environnement dans lequel la personne évolue.

Si nous interviewons un professionnel qui travaille 80 % de son temps sur le terrain et que nous le montrons pendant toute la vidéo assis devant une plante verte, nous racontons malgré nous une autre réalité.

C’est pourquoi nous aimons davantage parler de mini-reportage que d’interview. La personne reste au centre du récit, mais son environnement devient un personnage lui aussi.

Et lorsque l’on travaille sur des métiers peu connus, techniques ou parfois victimes d’idées reçues, cette mise en situation devient essentielle.

L’authenticité n’interdit pas la création

Autre confusion fréquente : puisqu’il faut être authentique, il faudrait presque ne rien préparer. Poser une caméra, laisser parler et espérer que la magie opère.

Ce serait pratique.

Mais l’authenticité n’est pas l’absence de direction artistique, de préparation ou de montage. Elle réside plutôt dans la capacité à construire une forme sans dénaturer la personne.

Il faut évidemment réfléchir au cadre, à la lumière, au rythme, au décor, au son et au montage. Il faut parfois aider quelqu’un à reformuler sa pensée, supprimer les hésitations qui cassent inutilement une phrase ou replacer une question différemment.

En revanche, il faut savoir laisser vivre une expression personnelle, une manière de parler ou une petite imperfection. C’est souvent elle qui rend la personne attachante. À trop lisser, on obtient parfois cette étrange catégorie de vidéos où de vrais salariés donnent l’impression d’avoir été générés par une banque d’images.

Chercher la singularité de la personne, pas le « bon profil »

Cela implique également de ne pas sélectionner uniquement les collaborateurs les plus à l’aise devant une caméra. Une entreprise est composée de personnalités différentes et cela devrait se voir. Certains seront très spontanés. D’autres auront besoin d’être accompagnés davantage. Certains feront rire. D’autres seront passionnants dans une parole beaucoup plus posée. Ce qui compte n’est pas de transformer chaque collaborateur en créateur de contenu.

Ce qui compte est de trouver ce qu’il a de singulier à raconter. C’est aussi cela qui rend une série de portraits intéressante. Si chaque vidéo possède le même ton, le même décor, la même structure et la même conclusion, la série devient vite un catalogue. Si chaque personne apporte une histoire différente tout en faisant apparaître progressivement une culture commune, alors la marque employeur prend forme naturellement.

Au fond, le portrait collaborateur n’a rien perdu de sa pertinence. Au contraire. Dans une époque où une part croissante des contenus peut être produite ou assistée par l’intelligence artificielle,  l’Apec relève d’ailleurs une progression rapide des usages de l’IA à la fois chez les recruteurs et chez les candidats,  la présence d’une personne réelle, avec une expérience réelle et une parole qui lui appartient, peut devenir encore plus précieuse. 

À condition de ne pas lui demander de devenir un communiqué de presse.

La prochaine fois que vous préparez un portrait collaborateur, oubliez donc quelques minutes la question : « Qu’avons-nous besoin qu’il dise ? » Demandez-vous plutôt : « Qu’est-ce qu’il a vécu que l’on aurait vraiment envie d’écouter ? » C’est rarement la même réponse. Et généralement, c’est là que commence la bonne vidéo.

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Des collaborateurs, vous en avez. Des histoires aussi. Notre métier, c’est de trouver celles qui méritent d’être racontées et de leur donner envie d’être regardées. On en parle ?

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