Avant de lancer une communication marque employeur, posez-vous ces 7 questions
« Il nous faudrait une campagne marque employeur. »
C’est généralement une bonne nouvelle pour une agence. Mais c’est encore un peu léger comme brief. Car derrière cette phrase peuvent se cacher des situations radicalement différentes : une entreprise qui ne reçoit pas suffisamment de candidatures, une autre qui en reçoit beaucoup mais rarement les bonnes, une marque connue commercialement mais totalement inconnue comme employeur, des métiers victimes de clichés, une transformation interne qui doit être incarnée ou encore une volonté de développer la fierté des collaborateurs. Toutes peuvent avoir besoin de communication employeur. Mais certainement pas de la même campagne.
Avant de parler concept, slogan, film ou shooting photo, nous avons donc intérêt à faire quelque chose de beaucoup moins spectaculaire : poser quelques questions. En voici sept.
1. Quel problème essayons-nous réellement de résoudre ?
« Développer notre marque employeur » n’est pas vraiment un problème à résoudre. Pas plus que « gagner en attractivité ». Il faut creuser. Manquez-vous de candidatures ? Les candidats connaissent-ils vos métiers ? Avez-vous du mal à attirer certaines populations ? La perception externe ne correspond-elle plus à ce que l’entreprise est devenue ? Vos collaborateurs sont-ils fiers de l’entreprise mais incapables d’expliquer pourquoi à quelqu’un qui ne la connaît pas ? Certains établissements recrutent-ils facilement pendant que d’autres rencontrent de grandes difficultés ?
Cette clarification est encore plus importante dans le contexte actuel. L’Apec montre qu’en 2026 les difficultés de recrutement des cadres diminuent globalement, mais que le décalage entre les candidatures reçues et les profils recherchés progresse parmi les difficultés rencontrées. Recevoir davantage de candidatures n’est donc pas toujours le bon objectif. Une campagne peut parfois chercher à en recevoir moins, mais de meilleure qualité. Ce n’est pas tout à fait le même brief.
2. À qui essayons-nous vraiment de parler ?
« Aux candidats » est à peu près aussi précis que « aux consommateurs » pour une marque commerciale. Quel candidat ? Un jeune diplômé qui découvre le marché du travail ? Un technicien expérimenté qui reçoit régulièrement des sollicitations ? Un cadre qui envisage une mobilité mais hésite à prendre le risque ? Un saisonnier ? Une personne en reconversion ? Un professionnel déjà installé sur le territoire ?
Ces publics n’ont ni les mêmes critères, ni les mêmes questions, ni les mêmes freins.
En 2026, par exemple, l’Apec relève une prudence accrue des cadres face à la mobilité : 58 % considèrent actuellement qu’un changement d’employeur constitue un risque. Si l’on souhaite convaincre cette population, une campagne uniquement fondée sur « venez vivre une nouvelle aventure » risque donc de passer légèrement à côté de l’époque. Il faudra peut-être davantage rassurer, démontrer, donner à voir des trajectoires et expliquer ce que l’entreprise est réellement capable d’offrir.
Connaître sa cible n’est pas une étape média. C’est déjà une étape créative.
3. Que pensent ces personnes de nous aujourd’hui ?
Avant de déterminer la perception que l’on souhaite créer, il faudrait connaître celle qui existe. Certaines entreprises découvrent que les candidats ne les connaissent tout simplement pas. D’autres bénéficient d’une image forte mais restent associées à une réalité vieille de dix ans. D’autres encore sont très attractives auprès des fonctions support et beaucoup moins auprès des profils opérationnels.
L’écart entre la réalité interne et la perception externe constitue souvent le meilleur point de départ d’une campagne. Pour l’identifier, il faut croiser les sources : entretiens collaborateurs, retours des recruteurs, enquêtes candidats, données du site carrière, réseaux sociaux, avis en ligne, analyse concurrentielle ou simplement questions posées aux personnes récemment arrivées.
« Qu’est-ce que vous imaginiez de nous avant de rejoindre l’entreprise ? » Cette question toute simple peut parfois produire une quantité impressionnante d’informations. Et puisque 86 % des candidats déclarent se renseigner sur une entreprise avant d’y postuler, l’image que vous produisez n’est pas un élément périphérique du recrutement. Elle intervient directement dans la décision de poursuivre ou non.
4. Qu’avons-nous réellement à prouver ?
C’est probablement la question qui change le plus la qualité d’une campagne.
Une entreprise affirme offrir de belles perspectives de carrière. Très bien : quels parcours peut-elle montrer ? Elle revendique une grande proximité. À quoi cela ressemble-t-il concrètement ? Elle met en avant son engagement environnemental. Qu’est-ce qui a effectivement changé dans le travail des équipes ? Elle parle d’autonomie. Jusqu’où va-t-elle ? Elle promet une bonne ambiance. Qu’est-ce qui crée cette ambiance ? Plus une marque employeur dispose de preuves, moins elle a besoin de surjouer son discours.
Et ces preuves ne sont pas forcément spectaculaires. Ce peut être une organisation particulière des horaires, un programme de formation, une personne ayant évolué, une manière de prendre les décisions, un rituel d’équipe, un projet dont tout le monde parle encore trois ans après ou simplement la façon dont un manager accompagne un nouveau collaborateur. La bonne communication employeur ne consiste pas à empiler les promesses. Elle consiste à organiser les preuves.
5. Qu’allons-nous raconter que notre concurrent ne peut pas dire à notre place ?
C’est ici que nous pouvons ressortir le fameux test du logo. Prenez l’accroche envisagée. Enlevez votre nom. Mettez celui d’un concurrent. Est-ce que cela fonctionne toujours ? « Révélez votre potentiel. » « Grandissons ensemble. » « Construisons l’avenir. » « Osez être vous-même. » Toutes ces formulations peuvent être justes et jolies. Mais si elles pourraient appartenir à n’importe quelle entreprise, elles font porter tout le poids de la différenciation sur la direction artistique et le logo.
Or une campagne de marque employeur dispose normalement de beaucoup plus de matière. Une histoire particulière. Un modèle économique. Un territoire. Des métiers méconnus. Une culture. Une personnalité. Une manière de travailler. Un rapport au client. Une transformation. Une contradiction intéressante. Le rôle du travail stratégique consiste précisément à trouver ce matériau et à le transformer en idée. La créativité vient ensuite lui donner une forme mémorable.
6. Où la campagne doit-elle vivre ?
Ce n’est pas un détail à régler après la création. Une campagne pensée pour LinkedIn ne se comporte pas exactement comme une campagne destinée à TikTok, à de l’affichage dans des lieux de vie, à un salon de recrutement, à un site carrière ou à une communication interne. L’attention disponible n’est pas la même. Le contexte de réception non plus. Cela ne signifie évidemment pas qu’il faille inventer six campagnes différentes. Au contraire : une idée forte doit pouvoir traverser les supports. Mais elle doit avoir été pensée suffisamment tôt pour pouvoir se décliner intelligemment.
C’est également à ce stade qu’il faut réfléchir à la production. Si une journée de tournage est prévue, autant se demander avant d’arriver sur place si elle peut permettre de produire un film principal, des formats courts verticaux, des photographies, des portraits, quelques interviews complémentaires ou du contenu coulisses.
Parce qu’une campagne marque employeur n’a plus vocation à vivre trois semaines.
L’objectif est de constituer une matière capable d’alimenter un écosystème de contenus dans le temps. Et, non, recadrer le film 16:9 en vertical au dernier moment ne constitue pas toujours une stratégie TikTok.
7. Que doit-il se passer une fois que nous avons convaincu quelqu’un ?
C’est la question que l’on préfère parfois laisser pour plus tard. Elle est pourtant fondamentale. Imaginons une excellente campagne. Le candidat est intéressé. Il clique. Que découvre-t-il ? Un site carrière cohérent avec ce qu’il vient de voir ? Des offres compréhensibles ? Des informations sur le processus ? Une candidature réalisable facilement sur mobile ? Et ensuite ? Quelle expérience lui propose l’entreprise ? Combien de temps avant une réponse ? Comment se déroule l’entretien ? Les managers qui recrutent incarnent-ils réellement ce que la campagne vient de promettre ?
Une marque employeur ne s’arrête jamais au contenu qui la fait connaître. La campagne peut créer une attente. L’expérience candidat doit ensuite être capable de la tenir. Sinon, la communication risque même d’amplifier la déception : plus la promesse est séduisante, plus l’écart avec la réalité sera visible. C’est pour cela que nous préférons penser une campagne comme une partie d’une expérience plus large, et non comme un objet publicitaire posé au-dessus du processus RH.
Et seulement maintenant, nous pouvons chercher l’idée
Après toutes ces questions, certains pourraient avoir l’impression que nous retardons volontairement le moment amusant. Le concept. Le slogan. Le visuel. Le film. C’est plutôt l’inverse.
Plus le problème est clair, plus le terrain créatif devient intéressant. Une campagne née d’un brief « il faut améliorer notre marque employeur auprès des candidats » risque de tourner longtemps autour des mêmes idées. Une campagne qui sait précisément qu’elle doit faire découvrir des métiers inconnus à des profils expérimentés qui pensent que l’entreprise ne recrute que des débutants sur trois territoires où sa notoriété employeur est faible possède déjà beaucoup plus de matière.
La créativité n’a pas besoin d’un brief flou pour être libre. Elle a besoin d’un problème intéressant à résoudre. Alors, avant de lancer votre prochaine campagne marque employeur, ne commencez peut-être pas par demander : « Quelle belle idée pourrions-nous avoir ? »
Commencez plutôt par savoir pourquoi quelqu’un devrait avoir une bonne raison de s’y intéresser. La belle idée viendra après. Et elle aura beaucoup plus de chances d’être la bonne.
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Vous avez un sujet marque employeur mais pas encore toutes les réponses ? C’est plutôt bon signe : commençons par poser les bonnes questions ensemble. La campagne viendra ensuite. On en parle ?